Le titre du film s’apparente à celui d’une fable, et c’en est une.

J’avais vu l’an dernier L’école du bout du monde (titre original : Lunana : a yak in the classroom) qui était un film nourri de symboles sur l’élévation personnelle, figurée par l’ascension de l’instituteur jusqu’au village de montagne où il doit exercer pour retrouver un sens à sa vie quotidienne : sorte de fiction d’apprentissage où une expérience vécue devient fondamentale. Film à peu près linéaire et lyrique comme un hymne, ou une prière.

Le moine et le fusil est résolument une comédie, où se croisent plusieurs intrigues simples qui construisent une situation complexe. Et le spectateur est invité, sourire aux lèvres, à réfléchir sur des notions aussi importantes que la démocratie, la paix et la violence, le bonheur et le progrès, en suivant le récit et sans se prendre la tête : une sorte de fable brechtienne pour aujourd’hui, jouant comme La bonne âme du Sé-Tchouan sur les rapports entre le conte ancien et l’actualité. Confrontant également des mondes éloignés appelés à se rencontrer, comme l’avaient fait jadis les films Urga ou Les dieux sont tombés sur la tête.

Car la satire n’est pas absente de ce film qui est comme une offrande : mais une satire tendre sur le pays lui-même, alors que l’ironie se fait plus mordante à propos des paradoxes des USA. 

On note aussi que l’intrigue, qui garde son mystère jusqu’aux scènes finales, se résout sans victimes ni perdants : celles et ceux qui semblent jouer le mauvais rôle sont intégrés à la résolution finale sans être « punis » – même s’ils ont enfreint les lois du royaume.

Enfin, pour qui douterait encore que les amérindiens ont migré depuis l’Asie, les musiques et danses de la cérémonie finale apporteront la preuve qu’il y a du Sioux ou du Lakota chez ce peuple himalayen.

Film salutaire aux plans subtils, à voir absolument.

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