Cela signifierait « et un, et deux… ». La récurrence est un des thèmes majeurs du film, entre les « secondes chances » offertes à plusieurs personnages, les « premières fois » déjà vécues par d’autres, et la reproduction pus ou moins décalée des générations…qui rejoint le thème des contrefaçons associé à la nation tout entière de Taïwan.

Autant dire que c’est un film où tout se tient, du drame familial à la comédie sociale, des états psychologiques aux réflexions existentielles, le tout filmé dans des décors urbains qui se ressemblent fréquemment et qui, surtout la nuit, sont vus à travers les reflets des vitres : un monde de verre plongé dans l’opacité de la méconnaissance. 

Dans ce monde les personnages tâchent d’y voir clair : en eux-mêmes comme l’adolescente Ting-Ting ou sa mère, qui recourt à des éclairages empreints de religion, ou dans la clarification des choses par l’expérience comme il arrive à l’ingénieur NJ ou à son jeune fils – extraordinaire personnage et comédien enfant. 

Il faudrait des pages pour dire l’émotion que suscitent les figures tutélaires de la grand-mère ou du sage entrepreneur japonais, et la musique omniprésente, en particulier une série de variations sur le chœur (dit « hymne à la joie ») de la 9ème symphonie de Beethoven.

Je ne connaissais pas Edward Yang, (célèbre) cinéaste taïwanais, je le découvre dans un film exceptionnel qui ne serait pas sans rappeler Tchekhov par la multiplicité des personnages et des points de vue dans des situations de vie courante, ou le Wenders de l’état des choses par l’art de filmer le monde en trompe-l’œil. 

Un chef d’œuvre.

(Point peut-être anecdotique : dans tous les films asiatiques que j’ai vus, classiques ou plus récents, il y a toujours un côté « exotique » dans les relations entre personnages et les mœurs, où l’humour, l’amour ou autres fondamentaux semblent relever de codes particuliers. Ce n’est pas le cas ici, où les comportements, les propos, les costumes, etc…, quoique inscrits dans le cadre réaliste de Taipei à la toute fin du XXe siècle, ne nous rendent pas touristes).

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