AVRIL

– Bombes au sud…[et un peu plus à l’est]

– Bombes au nord…[et un peu plus à l’ouest]

Le mois a bien commencé : pour fêter bientôt six mois de guerre à Gaza, le chef de l’État israélien a décidé de frapper ce premier jour d’avril l’ambassade d’Iran en Syrie : de quoi transformer la tragédie locale en conflit international élargi à tout le moyen-orient, voire au-delà.

Ce n’est que plusieurs jours plus tard que la République islamique d’Iran, qui ne pouvait laisser cet affront sans réponse, a répliqué (de façon relativement circonspecte) en envoyant des missiles frapper le plateau du Golan. Ce qui a permis à la presse occidentale, presque à l’unisson, d’affirmer que l’Iran attaquait le territoire israélien : deux contre-vérités : 1) le régime inquiétant des mollahs a en l’occurrence montré de la retenue en répliquant modérément à la destruction de son ambassade qui a fait treize morts, et aux attaques sur le sud Liban visant le Hezbollah. 2) Jusqu’à preuve du contraire, le plateau du Golan fait partie des territoires occupés par Israël et non de son territoire internationalement reconnu.

Il semble de plus en plus clair que le premier ministre Netanyahu ne répugnerait pas, sous prétexte de défense, à embraser la région ou toute une partie du monde. Est-ce seulement pour échapper aux poursuites judiciaires qui le pressent ? Malgré le cynisme dont témoigne sa carrière politique, je ne peux croire que cet homme, qui traîne dans son sillage de multiples plaintes, dirige la politique de son pays dans le simple but de s’épargner la case prison. Il y a tout de même, en Israël comme à l’extérieur, pas mal de monde pour le suivre encore.

Comment et à quel titre justifier alors l’inexistence d’un peuple (palestinien) connu pour ses poètes, ses intellectuels, ses musiques et ses chants ? Comment le faire disparaître, l’invisibiliser ?

Le fondre dans un amalgame composite tenu pour intrinsèquement hostile semble une méthode parmi d’autres. Netanyahu se présente comme seul rempart (de l’occident?) face au monde arabe, ou arabo-persique, ou musulman, on ne sait plus trop, et voue dès lors sa nation au sacrifice. Tout en sacrifiant concrètement des vies aussi bien israéliennes que gazaouies, iraniennes ou autres…

Qu’est-ce qui importe en définitive dans cette orgie sacrificielle ? Réduire les opposants ? Faire de l’état de guerre un mode d’être naturel ? Prétendre à une suprématie naturelle ou divine ?

Ces conceptions aussi floues que discutables ont tout de même l’air plus profondes que les soucis juridiques d’un vieux politicien roublard et retors.

Cependant ne résonnent-elles pas, aussi, comme de vagues prétextes ?

Quel esprit éclairé irait délibérément frapper l’ambassade d’un pays non-belligérant, quelque inquiétantes que soient par ailleurs ses dispositions politiques ?

Depuis, en France, plusieurs meetings de soutien au peuple palestinien ont été interdits. Une plainte a été déposée contre une candidate figurant sur une liste pour les élections européennes pour « apologie du terrorisme ». Cette juriste française renommée sur le plan international a le tort d’avoir une origine palestinienne. Il s’agit en l’occurrence de semer le doute sur son identité française, et au-delà de discréditer globalement le mouvement sous lequel elle se présente.

Pour la première fois sous la cinquième république, l’instrumentalisation de la Justice par la calomnie s’oppose frontalement au fonctionnement électoral démocratique des institutions.

Pourtant avril 2024 faisait converger Pessah la Pâques juive, la Pâque chrétienne et l’aïd marquant la fin du ramadan, fêtes de l’alliance, de la résurrection, de la charité selon les trois religions du livre. Cela augurait sans doute d’une ère de conciliation et d’ouverture. Il n’en a rien été.

24 avril : plus de 600 signalements auraient été recueillis entre le 7 octobre et décembre 2023 pour des propos visant à la défense du peuple palestinien, et dans ce cadre la présidente du groupe LFI à l’assemblée nationale, après la candidate aux élections, vient à son tour d’être convoquée par la justice. Il ne suffit donc pas de dénoncer l’attaque du Hamas du 7 octobre : toute prise en compte de la réalité des populations palestiniennes (de Gaza, Israël ou Cisjordanie) devient passible d’une action en justice. Tout se passe comme si ces populations ne devaient pas exister : ce sont elles qui systématiquement posent problème.

Cette attitude va à l’encontre des décisions de la cour de justice internationale de La Haye, à l’encontre des positions d’Amnesty International (mouvement apolitique des droits humains, prix Nobel de la paix, qui dénonce une ségrégation de type apartheid…) mais, alors même qu’aux USA et ailleurs des voix (souvent juives) s’élèvent contre les débordements du gouvernement Netanyahu, le gouvernement français profite de la tragédie pour discréditer ses opposants.

Jusqu’à quand demeurerons-nous prisonniers de la calomnie et de la malveillance ?

Jusqu’à quand les appels à la paix et à la modération seront-ils dénaturés et ciblés, et la liberté d’expression (pacifique) bafouée ?

Jusqu’à quand continuera-t-on de parler de démocratie là où les opposants sont interdits de paroles, où même les candidat.e.s à des élections voient leurs meetings annulés ?

Le processus est simple : les opposants à la thèse des organisateurs s’agitent assez pour faire craindre un trouble à l’ordre public (en clair des exactions). Les préfet.e.s, garants de cet ordre ne s’en prennent pas à qui le menace par la violence, mais s’appuient sur le risque de troubles pour interdire purement et simplement les débats prévus, ou les prises de paroles au sein de l’espace public ou des universités…

On ne fait pas taire les chiens qui aboient mais on arrête la caravane…et puis on l’incrimine.

Dans ces conditions, d’aucuns s’interrogent sur le sens actuel du mot démocratie appliqué à la situation de notre pays.

Voyons ce que sera le joli mois de mai, à commencer par le jour de fête des travailleuses et travailleurs, par lequel se referme le mois des poissons en eau trouble et s’annoncent les futurs anticyclones…les beaux jours quoi, avec leurs lendemains qui chantent, leur temps des cerises et d’autres espoirs encore.

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