Comme nous étions de passage près de Perpignan, S&P nous ont conviés à découvrir une exposition qui se tenait à la funeraria du campo santo : dans la vieille ville, accolé à la cathédrale, un ancien cloître particulièrement vaste a servi de cimetière aux archevêques, prêtres et moines attachés à ce lieu. Dans le coin nord-est se dresse encore une chapelle, simple et claire avec de tout nouveaux vitraux très lumineux, et c’est là que se tenait l’exposition de peinture : une vingtaine de grandes toiles riches en couleurs contre les murs et, au centre sur des panneaux blancs, plusieurs tableaux beaucoup plus petits mais tout aussi captivants.
Sans tenter de décrire l’impossible, disons qu’il s’agit de toiles globalement abstraites où la couleur tient le rôle principal, encore que des collages sous-tendent ou nuancent l’émotion première produite par les effets de brosse : miroirs, pétillements, effets de lumière parmi les sombres à-plats ou les empâtements explosifs.
L’impression générale fut pour moi un saisissement, comme une élévation, comme si chaque tableau était une présence qui s’adressait à une part de moi-même forcément existante mais que j’ignorais et que le tableau révélait. Il se trouve que je suis retourné le lendemain (dernier jour) revoir et me réimprégner de cette étrange ambiance d’où émanait comme un bonheur éclatant et serein…NOTONS qu’il est difficile de voir des reproductions sur le web de ces tableaux, car si l’on recherche les œuvres de MALI on est orienté vers un artiste allemand d’il y a un siècle ou vers une commerciale de la déco vulgaire qui vend des poussières d’étoiles avec portraits glamour niaiseux (Bambi et la fée clochette ne sont pas loin).
Bien entendu, la vraie MALI ne s’adonne pas à ces sornettes. J’ai appris qu’après avoir vécu dans plusieurs grandes métropoles cosmopolites elle est revenue vivre dans le village natal de sa mère (Amélie-les-Bains) près de Céret – lieu de tradition artistique connu. Marie-Élise de Morgoli (ce serait son vrai nom) suggère le monde tel que nous l’éprouvons plutôt qu’elle ne le montre : ses tableaux établissent un rapport entre le monde et soi sans presque rien de figuratif. Parfois dans telle touche ou tel éclat de couleur j’ai retrouvé un rapport avec N. de Staël, mais sans excès de matière, comme l’esquisse d’un épanchement qui garderait sa ligne droite, sa (re)tenue, comme une dignité.
Les petits tableaux ne sont pas intitulés – ils sont difficiles à nommer. Les plus grands surprennent par des titres simples, par exemple « l’amour » ou « la ville », comme si derrière cet affichage ils restaient à deviner, ou s’offraient à nous emporter au-delà dans les interstices.
Cependant ce qui en ville a suscité le plus grand émoi populaire en ce dimanche des rameaux catalans, où d’assez nombreux touristes avaient franchi la frontière depuis l’Espagne, ce ne fut pas cette belle et forte exposition : ce fut le matin la bénédiction des buis et autres végétaux, et l’après-midi la victoire de l’U.S.A.P. à Oyonnax, capitale de la plasturgie.
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